Bilal CHAREUF, portrait d’un « hyper-champion » PAR MUAYTHAI TV

Bilal CHAREUF, portrait d’un « hyper-champion » PAR MUAYTHAI TV
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C’est auréolé non pas d’un mais de deux titres de champions de France cette année (avec la FFKMDA et l’AFMT) que Bilal CHAREUF va combattre à l’HURRICANE FIGHTING samedi. Le Strasbourgeois est désormais attendu car il s’est montré très séduisant lors de ses dernières prestations. Nous avons voulu en connaitre un peu plus sur ce brillant nak muay, hyper-actif dans la vie. Voici son portrait.
 
Les amateurs du jeu vidéo Street Fighter connaissent bien Dhalsim, ce combattant indien élastique à l’allonge démesurée. Lorsque à 13 ans, Bilal CHAREUF pousse la porte du WFight, son club de muaythai de toujours, son surnom est tout trouvé. Il faut dire qu’avec son mètre 80, Bilal est ce qu’on appelle une « perche » pour son âge ! C’est sa grande taille qui lui permet d’ailleurs d’intégrer le WFight, car normalement, il faut avoir 16 ans pour pouvoir suer entre les murs de ce club strasbourgeois. Bilal n’en est pas à son premier sport de combat. Il s’est déjà essayé au Tae Kwon Do mais a été frusré par l’absence de coups de poings, a goûté au Karaté mais a trouvé ça trop théorique, à la Capoeira mais il manquait le contact. Mais un jour, en jouant à un jeu de l’UFC sur Playsation, il flash sur Anderson SILVA, lit dans sa fiche technique que le Brésilien est issu du « Muaythai »… En tapant ce mot sur Google, il tombe sur des vidéos d’un certain BUAKAW… Vous comprenez évidemment la suite, le jeune Bilal en prend plein les mirettes, son coeur se met à battre au rythme de la musique du wai kru, coup de foudre au Royaume de Siam !
L’entraineur du WFight, à l’époque, c’est Mat ZAKARIA. Ce Malaisien qui a vécu en Thaïlande s’est entrainé aux côtés de SAMART PAYAKAROON et KHAOSAI GALAXY. La première fois qu’il prend Bilal aux paos, il s’en souviendra toute sa vie. Lorsqu’il demande à son jeune élève d’envoyer un teep dans la cuisse, celui-ci le fait avec une telle vigueur qu’il lui arrache littéralement la jambe. Mat est gravement blessé mais n’en veut pas à son poulain. Il a décelé un certain talent chez cet apprenti nak muay qui vient quand même de lui foudroyer un membre. 
Pourtant, la grande première de Bilal en compétition n’est pas très glorieuse. Au bout d’un an de pratique, comme il ne veut pas faire d’assaut, il s’apprête à faire son premier combat amateur an Allemagne. Mais lorsqu’il découvre son adversaire, un adulte de 33 ans, père de famille, Bilal refuse de boxer. « Pendant un an,se souvient-il, j’ai subi les moqueries de mes camarades, on me disait « Ah t’as eu peur ! » Et en fait, tout ça m’a forgé, m’a donné la rage. Parfois, j’y repense encore avant de combattre. Je me dis que plus jamais je ne referai ça. »
La suite est jalonnée de succès pour Bilal. Il est champion de France classe C en 2013, puis champion de France classe B en 2014 et champion classe A à la fois en en muay et K1 en 2015.
Son premier combat pro, il le fait par hasard, en Autriche, en remplaçant au pied levé un autre boxeur. Il se trouve que ce combat est pour un titre de champion d’Europe WKU -75kg (ha ha, la magie des ceintures !) Bilal gagne aux points face au boxeur local Harald STRILTZ. 
 
Après ce combat, Bilal reste quand même encore un peu en amateur. Il faut dire que son emploi du temps ne lui permet pas de s’impliquer à 100% dans son sport. Il est en effet à ce moment là en classe préparatoire des grandes écoles de commerce et suit le rythme infernal de 43 heures de cours par semaine. « Le sport c’est une grosse passion pour moi, pas un métier. Avec mes études, je vis deux mondes différents, je décompresse de l’un avec l’autre, chacun est un boost pour l’autre. »
Aujourd’hui, Bilal est en Master 1 en école de management et a deux fois moins d’heures de cours. C’est ce qui lui a permis en muaythai d’éclore sur la scène professionnelle depuis deux ans. Bilal est pourtant toujours aussi occupé. On peut même parler d’hyper-activité ! Non content d’être déjà au bureau des étudiants et au bureau multimédia de son école, il a créé également une section boxe avec le bureau des sports ! Il amène ainsi 25 étudiants chaque lundi s’entrainer dans son club, le WFight. Mais ce n’est pas tout, figurez-vous que depuis le récent départ à la retraite de Mat ZAKARIA, c’est Bilal qui a repris les rênes du club dont il est aujourd’hui le président ! Et sinon, durant les vacances, Bilal est surveillant de baignade à la piscine… 
Pour rester concentré sur son propre entrainement, Bilal rend souvent visite à un club voisin, le Starsbourg Thai Boxing, chez la team Delf. Il y trouve de bons sparring partners comme Jérémy ANTONIO ou Cédric DO. Ces trois là se retrouveront d’ailleurs à l’HURRICANE FIGHTING samedi. Bilal y affrontera le Néo-Calédonien Jérémy POIRCUITTE (ou Jérémy LEONI). « Je sais qu’il est plus petit, plus trapu. Et je pense avoir plus d’expérience. Mais tout ça va se jouer sur le mental. Ma préparation est différente comme c’est une période de ramadan. Parfois, je cours le soir et boxe en fin d’après midi ou je m’entraîne avant de manger directement. Parfois, je ne mange même pas chez moi, je rompt le jeûne directement à la salle comme je vais chez Delf de 20 a 22h. C’est la première fois que je boxe pendant le ramadan. J’ai accepté car c’est un beau gala, je ne veux pas me mettre de barrières alors que ça commence pour moi. »
 
Ensuite, au mois de juillet, Bilal partira avec l’équipe de France au championnat du monde universitaire à Pattaya. Il est en effet champion de France universitaire cette année, comme l’année dernière. « J’ai une forme de revanche à prendre, il faut que je montre que j’ai ma place. » Bilal a en effet connu une première sélection en équipe de France en octobre, lors des championnats d’Europe IFMA à Paris, et ça ne s’est pas très bien passé pour lui. Il avait subi une défaite par KO lors du premier tour. « Un très mauvais souvenir. J’avais pris une mauvaise droite en rentrant au corps à corps. C’était le deuxième KO de ma carrière après un subi en amateur quand j’avais 18 ans. »
L’IFMA, Bilal en avait déjà fait l’expérience auparavant, mais avec une autre nation : l’Algérie. Il était arrivé jusqu’en demi-finale lors des mondiaux 2014 à Langkawi et en quarts de finale en 2015 à Bangkok. « La France ne m’ayant pas appelé, j’avais pris l’initiative de contacter l’équipe d’Algérie par le biais de Hadj BETTAHAR. Je lui avais montré quelques unes de mes vidéos et il m’avais dit « OK, pas de soucis, on te prend ». Boxer pour un pays, pour moi, n’était pas le plus important, je voulais surtout participer à cette compétition, y goûter. L’IFMA c’est tellement beau, tu rencontres des personnes venant de partout. Après, si je dois choisir, ma préférence va évidemment vers la France, pays dans lequel je suis né. »
Ce que Bilal aime en particulier dans le muay, c’est la capacité de ce sport à faire voyager à travers le monde et à ainsi faire garder des souvenirs à tout jamais. Il est comme un fou lorsqu’il part à la Réunion en 2016 pour affronter Samuel ANDOCHE. C’est là qu’il subit l’une de ses deux défaites en pro. Mais pour Bilal, « la décision est clairement discutable. Je me vois vainqueur »
La Thaïlande, Bilal la découvre la première fois à 18 ans. Il est alors invité tous frais payés par l’office de tourisme thaïlandais. Celle-ci a convié une dizaine de personnes, pendant une semaine, pour visiter le pays. Seuls deux profils ne sont pas professionnels : l’étudiant-boxeur Bilal CHAREUF et un certain Lakhdar du Journal du Muay ! Les deux compères garderont par la suite de solides liens d’amitié. Bilal ne rentrera pas tout de suite, il demande à faire décaler son biller retour et pars dans les camps de muay thai comme le Meenayothin. 
La seule fois où Bilal combattra en pro en Thaïlande, c’est en mars 2017, au MUAY XTREME. Et pas contre n’importe qui ! Son adversaire se nomme alors PANOM Topking. « Gros souvenir car je suis passé dans le journal thaï juste avant, à la télé aussi. Dommage pour le résultat. Au premier round, un de ses crochets est passé à travers mes gants de MMA. Mon oeil a gonflé, j’ai vu double tout le reste du combat. Je perds aux points, c’est la défaite qui me reste le plus en travers de la gorge car j’aurais franchement pu gagner. J’aurais bien aimé une revanche. »
 
Comme tout champion, Bilal déteste perdre, il pense immédiatement à la revanche s’il ne s’est pas imposé. « Je suis perfectionniste, même parfois les combats que j’ai gagnés, j’ai envie de les refaire quand je les visionne et que je trouve que j’aurais pu faire mieux ! »
Si ses qualités sont le corps à corps ainsi qu’une grosse détermination – « Je n’ai jamais abandonné un combat, je suis prêt à laisser un bras ! ») –, Bilal songe à prendre une licence en boxe anglaise la saison prochaine, afin de parfaire son style. « Je ne boxe pas assez sur du débit, il faudrait que je travaille un peu les enchainements durs et précis. M’entrainer en boxe anglaise pourrait m’aider à ça. Il faut aussi que je rentre plus directement dans les combats. J’ai peur qu’un jour ça me fasse défaut. » 
Rares sont les boxeurs qui ont réussi la prouesse qu’a réalisé Bilal cette saison, être champion de France dans les deux fédérations et en plus dans deux catégories de poids différentes. « J’ai fait les deux championnats pour être indiscutable. Et j’ai voulu me tester dans deux catégories pour voir où je suis le plus à l’aise. Verdict : à 76kg, je me sens plus léger, plus aérien, et j’ai plus d’allonge que mes adversaires. A 81 kg, je suis plus dur, plus en forme. »
Ainsi, s’il est prévu plusieurs semaines à l’avance, Bilal peut combattre sans problème à 75kg. Mais pour un combat de dernière minute, ce sera plus entre 78 et 81kg.
Qui serait-il intéressant de lui opposer à présent ? Quand on lui pose la question, Bilal a peur de paraitre prétentieux, il ne veut « pas manquer de respect » et sait qu’il doit encore faire ses preuves avant de taper à la porte des tops de la catégorie. Autour de lui, on lui parle de Cyril BENZAQUEN, de Malik ALIANE, de Djibril EHOUO… « Mais bon, ils ne veulent pas forcément affronter un mec qui vient d’arriver sur le circuit. Je pense que j’aurai une carte à jouer quand on va me proposer des remplacements, là je pourrai briller. Mon rêve serait qu’on m’appelle pour le BEST OF SIAM ou le WARRIORS NIGHT… »

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